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8ème Séminaire annuel de l’Académie des Controverses et de la Communication Sensible

Appel à contributions

 

Communiquer les risques, gérer les crises ?

29 octobre 2026, Lausanne, Suisse

 

La généralisation des situations de risque et l’enchaînement de crises majeures – qu’elles soient environnementales, sanitaires, industrielles, numériques ou politiques – transforment en profondeur les conditions de production, de circulation et de réception de l’information tout comme les pratiques de communication des acteurs (Allard-Huver, 2020; Libaert et al., 2018; Libaert & Pierlot, 2005). Dans ces contextes marqués par l’urgence, l’incertitude et parfois l’agonistique, la communication n’est pas simplement perçue comme un dispositif d’accompagnement, de médiation ou de sensibilisation mais également comme un processus de cadrage et de mise en discours. La communication sur les risques et les crises, parce qu’elle permet de réguler les rapports entre experts, décideurs, médias et publics, s’inscrit au cœur des processus de décision, de légitimation de l’action publique et organisationnelle, mais également de construction de la confiance – ou de la défiance – face aux institutions, d’imputation et de députation des responsabilités de plus en plus illimitées des organisations (D’Almeida, 1996, 2007).

 

Nonobstant, communiquer sur les risques et en situation de crise soulève de nombreux défis théoriques, méthodologiques, socio-culturels et éthiques. La tension entre transparence et contrôle de l’information, la gestion du sensible, les risques de dissimulation, de minimisation ou de dramatisation excessive, ainsi que la crédibilité des sources sont autant d’enjeux centraux. Ces problématiques sont accentuées par la complexité croissante des savoirs scientifiques mobilisés, par la pluralité des expertises en concurrence et par la circulation rapide de l’information dans des environnements médiatiques et numériques en changement (Alloing, 2023; Alloing & Vanderbiest, 2018; Catellani et al., 2018, 2022; Pascual Espuny, 2017). Plus encore, ces dynamiques reconfigurent les dispositifs d’intelligence territoriale et d’intelligence économique, en posant la question de la veille stratégique, de la circulation asymétrique des informations, de la maîtrise des flux informationnels et de la capacité des acteurs publics et privés à transformer l’information en ressource stratégique dans des écosystèmes communicationnels instables et concurrentiels (Knauf et al., 2021; Knauf & Marcon, 2024; Marcon, 2024).

 

La communication des risques se heurte également à des résistances culturelles, à des formes de contestation des autorités scientifiques et institutionnelles, ainsi qu’à des conflits opposant défenseurs d’intérêts catégoriels et défenseurs de l’intérêt général (Yates et al., 2023). En contexte de crise, ces tensions peuvent favoriser la désinformation, la polarisation des débats, la défiance envers les institutions ou encore la diffusion de récits alternatifs et complotistes. Les médias, les journalistes et les plateformes numériques occupent à ce titre une position clé dans la construction, la médiatisation, la réception et la perception des crises, tout en étant eux-mêmes pris dans des logiques d’accélération et de spectacularisation dans un système médiatique régi par la logique du buzz et l’économie de l’attention (Jeanneret, 2014; Vergopoulos, 2016).

 

Par ailleurs, la perception et l’appropriation des messages de risque varient fortement selon les contextes socio-économiques, les trajectoires culturelles, les expériences antérieures des crises et les inégalités d’exposition aux risques (Beck, 2015). Ces dynamiques invitent à repenser les modèles dominants de la communication de crise et des risques au prisme de l’incommunication, de l’acceptabilité sociale, de la justice informationnelle et de l’inclusion des publics les plus vulnérables (Friser & Yates, 2021). Elles interrogent également les capacités des dispositifs de communication à intégrer la participation citoyenne, la délibération et la reconnaissance des savoirs profanes (Callon et al., 2001).

 

Dans cette perspective, et dans un environnement médiatique changeant, l’analyse des stratégies, des discours et des pratiques de communication des risques et de crise dans différents contextes culturels, politiques, institutionnels et organisationnels nous apparaît comme essentielle pour mieux éclairer les évolutions tant professionnelles qu’académiques de la recherche sur ces sujets.

 

L’Académie des Controverses et de la Communication Sensible (https://academie-ccs.uqam.ca/) invite ainsi chercheurs et professionnels à participer à son séminaire annuel 2026 consacré à la communication de crise et à la communication des risques, afin d’interroger les transformations contemporaines de ces pratiques face à l’incertitude, à l’agonistique, aux transformations des modes d’information et de communication tout comme aux reconfigurations des rapports entre acteurs au sein de la sphère publique. Ce séminaire vise à favoriser un dialogue interdisciplinaire et comparatif entre recherche académique et retours d’expérience de terrain.

 

 

 

Axes thématiques

Les propositions de communication pourront s’inscrire dans les axes suivants (liste non exhaustive) :

  1. Communication des risques et anticipation des crises
    Modèles théoriques et dispositifs de communication préventive, construction sociale des risques, perception et appropriation des messages de prévention, communication scientifique en amont des crises, veille stratégique, détection des signaux faibles, dispositifs d’alerte et cartographie des vulnérabilités.

 

  1. Communication de crise et gestion de l’incertitude
    Stratégies discursives en situation de crise, temporalités de la communication (avant, pendant, après), coordination des acteurs, arbitrages entre transparence, contrôle et responsabilité, gouvernance des données de crise, sécurisation des flux informationnels et appui à la décision.

 

  1. Médias, plateformes numériques, IA et crises
    Rôle des médias, réseaux sociaux et IA dans la médiatisation des crises, désinformation, rumeurs et fake news, dynamiques de polarisation et de viralité, place des journalistes et des communicants, écosystèmes informationnels, ingérence numérique étrangère, veille numérique et veille réputationnelle.

 

  1. Publics, confiance et acceptabilité sociale
    Gestion des relations avec les publics, construction et érosion de la confiance, légitimité des institutions et des organisations, participation des publics et enjeux d’acceptabilité des décisions en contexte de risque.

 

  1. Crises organisationnelles et responsabilité des acteurs
    Communication de crise des organisations publiques et privées, enjeux de responsabilité sociale et juridique, gestion de la réputation, apprentissages organisationnels et retours d’expérience post-crise, vulnérabilités informationnelles, protection des actifs immatériels (patrimoine intellectuel).

 

  1. Approches critiques, comparatives et non-occidentales de la communication de crise
    Pluralité des modèles de gestion des risques, influences culturelles, sociales et politiques, inégalités face aux crises, perspectives critiques et décentrées sur la communication des risques et de crise, culturelle informationnelle.

 

  1. L’intelligence économique comme cadre d’analyse

Dispositifs de veille et d’alerte, usages de l’OSINT (Open source intelligence), gestion des vulnérabilités informationnelles, protection de la réputation, influence, contre-influence et coordination du processus de décision, mécanismes de circulation sélective de l’information en cellule de crise.

 

 

Modalités et format attendu des propositions de communication :

Les chercheurs et professionnels intéressés sont invités à soumettre une proposition  de communication sous la forme d’un résumé de 400 mots minimum (hors bibliographie) sur la plateforme https://accs2026.sciencesconf.org/ :

 

Les propositions devront comporter les éléments suivants : 

  • Titre de la proposition ;
  • Axe dans lequel s’inscrit la proposition ;
  • Problématique, méthodologie et résultats préliminaires ;
  • Une bibliographie (5 à 10 références).

 

Dates importantes

  • Date limite pour l’envoi de propositions : 1er juin 2026
  • Retour vers les auteurs : juillet 2026
  • Programmation finale : septembre 2026
  • Séminaire annuel : 29 octobre 2026

 

Publication des actes

 

Les communications présentées feront l’objet d’une publication dans un volume d’actes numérique (ISSN) édité par l’ACCS ; les meilleures contributions seront, après évaluation, proposées pour la préparation d’un numéro de la R2IE (Revue internationale d’intelligence économique) dans lequel elles pourront paraître sous forme d’articles scientifiques.

Comité d’Organisation

François Allard-Huver : fallardhuver@uco.fr

Julie Escurignan : jescurignan@uco.fr

Cécile Gruet : ccgruet@gmail.com

Karine Johannes : karine.johannes@gmail.com

Thierry Libaert : thierry.libaert@uclouvain.be

Bernard Motulsky : motulsky.bernard@uqam.ca

Stéphanie Yates : yates.stephanie@uqam.ca

 

 

Comité Scientifique :

François Allard-Huver, Université Catholique de l’Ouest.

Nicolas Baygert, IHECS-Protagoras.

Andrea Catellani, Université Catholique de Louvain.

Julie Escurignan, Université Catholique de l’Ouest.

Thomas Anh Ngoc Hoang, Université Catholique de l’Ouest.

Béatrice Jalenques-Vigouroux, INSA-Toulouse.

Winni Johansen, Aarhus University.

Audrey Knauf, Université de Lorraine.

Justine Lalande, Université du Québec à Montréal.

Erwan Lecoeur, Sciences-Po Grenoble.

Valérie Lehman, Université du Québec à Montréal.

Bernard Motulsky, Université du Québec à Montréal.

Céline Pascual-Espuny, Aix-Marseille Université.

Flore Tanguay-Hébert, Université du Québec à Montréal.

Stéphanie Yates. Université du Québec à Montréal.

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie

 

Allard-Huver, F. (2020). Savoirs, dispositifs et médiations des risques alimentaires : Le scandale des œufs contaminés au fipronil. Les Enjeux de l’information et de la communication.

Alloing, C. (2023). Fausser l’information journalistique pour mobiliser les algorithmes et les publics : Comment les plateformes permettent-elles de faire du vrai avec du faux ? Les Enjeux de l’information et de la communication, 231(S1), 47‑68. https://doi.org/10.3917/enic.hs13.0047

Alloing, C., & Vanderbiest, N. (2018). La fabrique des rumeurs numériques. Comment la fausse information circule sur Twitter ? Le Temps des medias, n° 30(1), 105‑123.

Beck, U. (2015). La société du risque : Sur la voie d’une autre modernité.

Callon, M., Lascoumes, P., & Barthe, Y. (2001). Agir dans un monde incertain : Essai sur la démocratie technique. Editions du Seuil.

Catellani, A., Pascual Espuny, C., Allard-Huver, F., Loneux, C., Bernard, F., & d’Almeida, N. (2022, mai). Crises environnementales et organisations. Regards en communication environnementale. Un monde de crises au prisme des communications organisationnelles. https://hal.science/hal-03655308

Catellani, A., Pascual Espuny, C., Malibabo, L. P., & Vigouroux, B. J. (2018, octobre). Post-normal science and environmental communication : Talking about risk, uncertainty and controversies. 7th European Communication Conference - Centers and Peripheries: Communication, Research, Translation - ECREA congress. https://hal-amu.archives-ouvertes.fr/hal-02120454

D’Almeida, N. (1996). L’entreprise à responsabilité illimitée La citoyenneté d’entreprise en questions (Editions Liaisons).

D’Almeida, N. (2007). La société du jugement : Essai sur les nouveaux pouvoirs de l’opinion. Colin.

Friser, A., & Yates, S. (2021). Article introductif – L’acceptabilité sociale, une question de démocratie participative ? Revue internationale de psychosociologie et de gestion des comportements organisationnels - RIPCO, (69), 5‑16. https://doi.org/10.3917/rips1.069.0005

Jeanneret, Y. (2014). Critique de la trivialité : Les médiations de la communication, enjeu de pouvoir. Éditions Non standard.

Knauf, A., & Marcon, C. (2024). Éditorial. Perspectives actuelles en intelligence économique territoriale. Revue internationale d’intelligence économique, 16(2). https://hal.science/hal-05079521

Knauf, A., Moinet, N., & Coussi, O. (2021). Éditorial. Revue internationale d’intelligence économique, 13(1), 9‑13.

Libaert, T., Motulsky, B., Baygert, N., Vanderbiest, N., & Vicherat, M. (2018). Communication de crise. Pearson. https://books.google.co.uk/books?id=zqRhDwAAQBAJ

Libaert, T., & Pierlot, J.-M. (2005). Les Nouvelles Luttes sociales et environnementales. Notre-Dame-des-Landes, droit au logement, gaz de schiste, expérimentation animale…. Vuibert.

Marcon, C. (2024). Intelligence économique et développement durable : Fusion ou confusion ? La Revue des Sciences Commerciales / Business Sciences Review, 22(2), 7‑24.

Pascual Espuny, C. (2017). Communication environnementale et communication des organisations. Logiques de publicisation, de circulation et de cristallisation, mémoire d’habilitation à diriger des recherches en sciences de l’information et de la communication, Aix-Marseille Université. [Habiliation à diriger des recherches]. Aix-Marseille Université.

Vergopoulos, H. (2016). Quand les médias apaisent les crises qu’ils attisent, le tourisme en Grèce en temps de crise et son traitement médiatique – Les Feuillets. Effeuillage. https://feuillets.effeuillage-la-revue.fr/portfolio-item/quand-les-medias-apaisent-les-crises-quils-attisent-le-tourisme-en-grece-en-temps-de-crise-et-son-traitement-mediatique/

Yates, S., Lalande, J., & Lalancette, M. (2023). Du « modèle du déficit » au tournant participatif en communication des risques : Les luttes d’expertise au cœur de l’acceptabilité sociale des projets d’exploitation des ressources naturelles. Canadian Journal of Communication, 48(4), 743‑770. https://doi.org/10.3138/cjc-2022-0005

 

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